Mourir pour des idées qui ne sont pas les siennes

Il est déjà bien triste de mourir pour des idées, alors mourir pour des idées qui ne sont pas les siennes !

La récupération qui a été faite du destin tragique des victimes du 13 novembre m’a choquée. Cela m’a inspiré l’idée que chacun d’entre nous devrait penser au sens que revêtirait sa mort dans un tel contexte. De même que l’on organise ce qu’il advient de ses biens par l’écriture d’un testament, on peut également prendre le temps d’exprimer les valeurs auxquelles on tient.

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Il est probable que ma mort ne signifiera rien et n’exprimera que le cours banal des choses, la fin d’une vie parvenue à son terme. Mais si je devais mourir un jour dans un attentat, je vous remercie de vous souvenir que je souhaite :

  • laisser prier ceux qui voudraient le faire car de mon vivant j’ai aimé et pratiqué cet acte beau et gratuit qui élève l’âme.
  • laisser boire, manger et rire ceux qui voudraient le faire car de mon vivant j’ai partagé leur festin et leur joie.
  • voir ma nation brandir son drapeau comme un étendard de fraternité au lieu de se draper dedans pour s’y cacher et s’y retrancher, repliée dans ses craintes.
  • voir mes amis musulmans allumer une bougie pour moi sans avoir à se justifier, à enlever un voile ou à raser une barbe.
  • faire taire tous ceux qui « l’avaient bien dit » car leur indécent triomphe ne fait que servir des intérêts inavouables.
  • demander, à tous ceux qui cherchent à établir des responsabilités, de se taire modestement. Et s’ils refusent d’être modestes, leur demander ce qu’ils ont fait eux-mêmes de concret pour leurs concitoyens et leur patrie.
  • couvrir le bruit de ceux qui usent de grands mots car ils n’ont rien d’autre en tête que de transformer le sentiment d’horreur en une fierté galvanisante.
  • voir mes concitoyens faire vivre par leurs paroles et leurs actes, la liberté, l’égalité et la fraternité, sans lesquelles il devient sans objet de prétendre défendre notre pays.

Comme tout le monde, j’ai peur lorsque je prends le RER chaque matin ou que j’entre dans un magasin bondé. Mais je vais faire mentir la peur en vivant, bien entendu. Vous ferez de même, vous qui me lisez, vous ferez de même.

 

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