Lettre persane, les caprices de la mode

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Rica à Rhédi, Paris

Tu seras étonné, cher Rhédi, d’apprendre que mon voyage se poursuit désormais dans le futur. Un savant, qui m’avait été présenté par un alchimiste de renom, m’a entrainé dans son cabinet secret pour me faire découvrir une machine de son invention. Défiant les règles du temps et de l’espace, celle-ci m’a propulsé sans autre forme de procès au XXIème siècle d’où je t’écris.

Je vais de surprise en surprise depuis que j’ai fait ce bond dans le futur. Me croirais-tu si je te disais que les gens de ce siècle vivent au milieu de machines avec lesquelles ils dialoguent ? Pour ne pas t’effrayer avec ces modernités radicales, je pense plus raisonnable de t’entretenir d’un sujet qui, déjà à notre époque, avait adopté la fluctuation pour principe : la mode.

Je trouve les caprices de la mode, chez les Français du XXIème siècle, étonnants. Ils ont oublié qu’ils s’habillent avant tout pour se couvrir et semblent ne plus compter sur leurs vêtements pour les protéger du froid. Sans doute comptent-il à la place sur leur capacité mentale à faire fi de la sensation de froid, capacité qu’ils ont développé au-delà du possible tant ils la mettent à rude épreuve tout au long de l’hiver.

Je t’en donne pour preuve qu’ils ont décidé que les trous étaient souhaitables et élégants. Non seulement ils sont heureux de porter des vêtements troués, mais encore ils s’arrangent pour ne pas avoir à les trouer eux-même. Loin d ‘attendre l’usure naturelle du tissu pour être à la mode, ils préfèrent acheter leurs vêtements déjà troués. Tu croirais que j’exagère mon propos si je te disais que les vêtements troués sont vendus plus chers que ceux qui sont intacts. C’est pourtant vrai, aussi invraisemblable que cela puisse paraître.

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J’ai pensé tout d’abord, en découvrant cette mode, qu’elle résultait d’un esprit de solidarité avec les plus pauvres, contraints de porter des vêtements usés faute de pouvoir les renouveler. Mais il m’est rapidement apparu que je faisais fausse route. Le pauvre du XXIème siècle se distingue en effet par sa capacité à choisir, dans une pile de vêtements – que les dons ou une enseigne populaire mettent à sa disposition – celui qui lui fera le meilleur usage possible en tenant compte de la taille, de la saison et de l’aspect pratique. Ainsi la mode du trou et de l’usure n’a-t-elle pu détruire la nécessaire différenciation entre le riche et le pauvre.

Les tisserands de ce siècle ont développé des techniques particulièrement sophistiquées pour user les tissus. Les anciens que j’ai pu interroger sur ce sujet m’ont certifié avoir connu une époque où l’inverse prévalait, où la solidité d’un tissu en faisait tout le prix. Ils ne sont cependant guère écoutés, sur ce sujet comme tant d’autres, tant il est vrai qu’il n’est pas bon offenser la jeunesse par l’expression de la raison.

ll en est des manières et de la façon de vivre comme des modes : de la même façon qu’ils regardent les trous de leurs vêtements avec complaisance, les Français s’accommodent de l’usure de leur système politique et moral.

Ton ami Rica


 

Ce petit billet, vous l’aurez deviné, a été inspiré par la lettre 99 des célèbres Lettres persanes de Montesquieu. En voici le texte original :

Rica à Rhédi, à Venise

Je trouve les caprices de la mode, chez les Français, étonnants. Ils ont oublié comment ils étaient habillés cet été ; ils ignorent encore plus comment ils le seront cet hiver. Mais, surtout, on ne saurait croire combien il en coûte à un mari pour mettre sa femme à la mode.
Que me servirait de te faire une description exacte de leur habillement et de leurs parures ? Une mode nouvelle viendrait détruire tout mon ouvrage, comme celui de leurs ouvriers, et, avant que tu eusses reçu ma lettre, tout serait changé.
Une femme qui quitte Paris pour aller passer six mois à la campagne en revient aussi antique que si elle s’y était oubliée trente ans. Le fils méconnaît le portrait de sa mère, tant l’habit avec lequel elle est peinte lui paraît étranger ; il s’imagine que c’est quelque Américaine qui y est représentée, ou que le peintre a voulu exprimer quelqu’une de ses fantaisies.
Quelquefois, les coiffures montent insensiblement, et une révolution les fait descendre tout à coup. Il a été un temps que leur hauteur immense mettait le visage d’une femme au milieu d’elle-même. Dans un autre, c’étaient les pieds qui occupaient cette place : les talons faisaient un piédestal qui les tenait en l’air. Qui pourrait le croire ? Les architectes ont été souvent obligés de hausser, de baisser et d’élargir leurs portes, selon que les parures des femmes exigeaient d’eux ce changement, et les règles de leur art ont été asservies à ces caprices. On voit quelquefois sur un visage une quantité prodigieuse de mouches, et elles disparaissent toutes le lendemain. Autrefois, les femmes avaient de la taille et des dents ; aujourd’hui, il n’en est pas question. Dans cette changeante nation, quoi qu’en disent les mauvais plaisants, les filles se trouvent autrement faites que leurs mères.
Il en est des manières et de la façon de vivre comme des modes : les Français changent de mœurs selon l’âge de leur roi. Le monarque pourrait même parvenir à rendre la nation grave, s’il l’avait entrepris. Le Prince imprime le caractère de son esprit à la Cour ; la Cour, à la Ville ; la Ville, aux provinces. L’âme du souverain est un moule qui donne la forme à toutes les autres.

De Paris, le 8 de la lune de Saphar, 1717.

Mourir pour des idées qui ne sont pas les siennes

Il est déjà bien triste de mourir pour des idées, alors mourir pour des idées qui ne sont pas les siennes !

La récupération qui a été faite du destin tragique des victimes du 13 novembre m’a choquée. Cela m’a inspiré l’idée que chacun d’entre nous devrait penser au sens que revêtirait sa mort dans un tel contexte. De même que l’on organise ce qu’il advient de ses biens par l’écriture d’un testament, on peut également prendre le temps d’exprimer les valeurs auxquelles on tient.

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Il est probable que ma mort ne signifiera rien et n’exprimera que le cours banal des choses, la fin d’une vie parvenue à son terme. Mais si je devais mourir un jour dans un attentat, je vous remercie de vous souvenir que je souhaite :

  • laisser prier ceux qui voudraient le faire car de mon vivant j’ai aimé et pratiqué cet acte beau et gratuit qui élève l’âme.
  • laisser boire, manger et rire ceux qui voudraient le faire car de mon vivant j’ai partagé leur festin et leur joie.
  • voir ma nation brandir son drapeau comme un étendard de fraternité au lieu de se draper dedans pour s’y cacher et s’y retrancher, repliée dans ses craintes.
  • voir mes amis musulmans allumer une bougie pour moi sans avoir à se justifier, à enlever un voile ou à raser une barbe.
  • faire taire tous ceux qui « l’avaient bien dit » car leur indécent triomphe ne fait que servir des intérêts inavouables.
  • demander, à tous ceux qui cherchent à établir des responsabilités, de se taire modestement. Et s’ils refusent d’être modestes, leur demander ce qu’ils ont fait eux-mêmes de concret pour leurs concitoyens et leur patrie.
  • couvrir le bruit de ceux qui usent de grands mots car ils n’ont rien d’autre en tête que de transformer le sentiment d’horreur en une fierté galvanisante.
  • voir mes concitoyens faire vivre par leurs paroles et leurs actes, la liberté, l’égalité et la fraternité, sans lesquelles il devient sans objet de prétendre défendre notre pays.

Comme tout le monde, j’ai peur lorsque je prends le RER chaque matin ou que j’entre dans un magasin bondé. Mais je vais faire mentir la peur en vivant, bien entendu. Vous ferez de même, vous qui me lisez, vous ferez de même.

 

Je veux me désabonner !

Qu’il est agaçant d’être abonné à un programme emailing dont il semble impossible de se débarrasser !  Mais avant d’aller encombrer les services de la CNIL avec un signalement, il y a sans doute quelques petites choses à savoir et à tenter. Ça tombe bien, je vous aide à les identifier !spam-964521_640Tout d’abord, ayez à l’esprit que les éditeurs ont à coeur d’entretenir leurs bases, ce qui implique de ne pas retenir contre leur gré les abonnés qui risqueraient de signaler ou de classer en indésirables leurs messages, et par là même d’entacher la réputation de leur programme emailing.

L’éditeur a donc autant intérêt que vous à ce que le désabonnement soit possible, non seulement pour se conformer à la loi, mais aussi pour pérenniser son business.

Voici trois cas de figure qui pourraient expliquer vos difficultés à vous désabonner, suivis de mes conseils pour y parvenir.

Cas de figure n°1 : le lien de désabonnement contenu dans le mail ne fonctionne pas

Votre client de messagerie* ou votre webmail* est la plupart du temps en cause dans le non-fonctionnement d’un lien de désabonnement. Ce lien ne mène à rien parce qu’il a été rendu inactif par votre messagerie. Il ne faut donc pas en conclure que l’éditeur du message rend volontairement impossible le désabonnement.

* un client de messagerie est un logiciel qui sert à lire et envoyer des messages email (Outlook, Thunderbird…). Un webmail est une interface web offrant les mêmes fonctionnalités, mais en ligne (hotmail, gmail, yahoo…).

Cas de figure n°2 : le lien de désabonnement semble avoir fonctionné mais je continue de recevoir des mails

Trois possibilités :

  1. vous étiez abonné(e) à plusieurs sous-programmes d’un même programme et le désabonnement n’est pas total mais partiel. Il faut alors méthodiquement vous désabonner de chaque programme l’un après l’autre.
  2. vous étiez abonné avec plusieurs adresses email. Vous ne vous rendez pas forcément compte si votre adresse mail principale et ses alias aboutissent à la même boîte de réception. Mais malheureusement il va falloir désabonner l’ensemble de vos adresses email, toutes sans exception. Le système qui vous envoie ces mails n’est pas au courant que ‘nomprenom@wanadoo.fr’ et ‘nomprenom@orange.fr’ sont une seule et même personne, et de la même façon pour lui ‘nom.prenom@orange.fr’ et ‘nomprenom@orange.fr’ sont deux profils distincts.
  3. votre désabonnement vous a été confirmé par mail et pourtant vous continuez de recevoir des messages parce que ceux-ci ont été programmés à l’avance par l’éditeur. Il faut donc alors simplement s’armer de patience et attendre un délai raisonnable de deux à trois semaines avant que le désabonnement ne soit effectif.

Cas de figure n°3 : je leur écris pour demander mon désabonnement mais je ne reçois aucune réponse !

Il est fort possible que vous n’écriviez pas à la bonne adresse email. Voici deux cas très courants où l’on croit envoyer un mail alors qu’on ne fait que jeter une bouteille à la mer :

  • vous avez répondu à un mail automatique vous confirmant votre désabonnement. Or c’est la plateforme qui envoie les mails pour le compte de l’éditeur qui vous envoie ce mail automatique.
  • vous avez répondu au mail dont vous souhaitiez vous désabonner. Or ce message est envoyé en masse via une plateforme d’emailing. Il arrive que l’éditeur fasse en sorte que les réponses faites à cet envoi automatique soient redirigées vers son service-clients, mais c’est loin d’être systématique.

 

La solution : écrire au service-clients de l’éditeur

Dans tous les cas évoqués, la solution la plus simple est de contacter par email l’éditeur du site pour demander votre désabonnement, en termes simples et clairs. Évitez le courrier papier qui vous coûte un timbre et ne sera pas plus efficace, voire moins car le risque d’erreur existe lorsque la personne qui traite votre demande doit saisir à la main l’adresse email à désabonner. Certes, le courrier papier continue de revêtir aux yeux de bien des gens un caractère officiel. Mais dans cette situation, c’est surtout d’efficacité dont vous avez besoin.

Si une demande formulée clairement et envoyée par email, renouvelée éventuellement une deuxième fois, n’a pas donné le résultat escompté, il faudra alors envisager de vous tourner vers le site signal-spam.fr. et de bloquer l’adresse email expéditrice depuis votre webmail ou client de messagerie.

S’adresser à un service-client : osons la politesse

Lorsqu’on s’adresse à un service-client, c’est généralement dans un contexte tendu. Le mécontentement motive notre démarche, aggravé par l’agacement de ne pas être rapidement renseigné et la crainte de ne pas obtenir satisfaction. Pourtant, c’est la politesse et la gentillesse qui sont dans cette circonstance nos meilleurs atouts.

Take a big deep breath - Photo de Joey Sforza
Take a big deep breath – Photo de Joey Sforza

Tout le monde pense connaître l’attitude idéale pour obtenir satisfaction en cas de litige. Malheureusement, un service après-vente a pour vocation d’aider le client, fût-il la personne la plus désagréable du monde. De ce fait, les gens agressifs ou condescendants n’ont que très rarement l’occasion de percevoir l’aspect contre-productif de leur façon d’être.

Je côtoie au quotidien des personnes qui assurent le service après-vente et j’ai observé leur façon de réagir et de travailler. J’en ai tiré des leçons que je partage avec vous.

Partez du principe que votre plainte a toutes les chances d’être reçue et comprise avec une formulation claire, polie et respectueuse. Si la première démarche n’a pas eu l’effet escompté, réitérez en vous montrant un peu plus ferme mais toujours poli.

L’utilisation de la menace ne devrait se faire qu’en dernier recours et lorsqu’on a déjà épuisé toutes les autres solutions possibles. Donc si c’est votre premier contact avec un service-clients, abstenez-vous de faire référence à votre avocat, aux associations de consommateurs ou à Julien Courbet.

Ce type de menace n’est pas crédible et ne fait aucun effet à la personne qui reçoit votre plainte. Au mieux cela la fait sourire, au pire cela l’exaspère et ne l’encourage pas à vous prendre au sérieux.

De même, évitez de vous vanter de pouvoir occasionner de sérieux dommages à l’e-réputation de l’entreprise dont vous n’êtes pas satisfait. Que vous soyez bloggeur, actif sur les réseaux sociaux, voire même « copain avec des journalistes » ou « très influent dans le milieu politique », vous avez mieux à faire que de vous ridiculiser en partant dans une vendetta publique contre une marque pour un litige insignifiant. Si vous voulez vraiment faire de l’activisme, dénoncez plutôt l’impact environnemental de la firme Coca-Cola en Inde, les mensonges de l’industrie du tabac ou encore les vraies-fausses études scientifiques sponsorisées par Monsanto.

A l’inverse, n’hésitez pas à user et abuser de la flatterie. Même si vous le faites d’une façon si peu subtile que votre intention (obtenir un meilleur dédommagement) est immédiatement perceptible, votre démarche sera toujours mieux reçue qu’une plainte sèche et agressive.

Mentionnez que vous êtes un(e) bon(ne) client(e) qui jusque-là a toujours eu satisfaction, que vous ne doutez pas qu’il s’agit d’un incident isolé, que vous avez recommandé le service/produit à vos amis, que vous saurez faire bon usage d’un bon de réduction.

Vous allez me dire : à quoi bon faire tout cela puisque les réponses à apporter aux clients sont standardisées dans la plupart des entreprises et que tout, du message au dédommagement, fait l’objet d’une grille pré-établie ?

C’est simple : il y a toujours une petite marge de manoeuvre dont disposent les employés, même dans les structures les plus verrouillées. Et cette marge de manoeuvre permet de traiter un dossier en priorité, de sur-évaluer le dommage pour offrir une meilleure compensation, de mettre le client dans la liste de ceux qui feront l’objet d’une opération promotionnelle particulièrement intéressante. L’existence de cette marge de manoeuvre est essentielle car elle humanise considérablement le travail des chargés de clientèle. Qui sont, rappelons-le au passage, des êtres humains comme vous et moi.

 

Le sourire des oiseaux

Voir un oiseau sourire est un privilège que la vie ne vous accorde pas tous les jours. Pour ma part, j’en ai bénéficié aujourd’hui même en redécouvrant une oeuvre de Claire Lewis.

Conférence au sommet - Claire Lewis
Conférence au sommet – Claire Lewis

Cette artiste, qui est aussi pour moi une amie, ne fait pas seulement sourire les oiseaux avec leurs yeux. Elle nous fait entrer dans l’intimité de femmes qu’elle observe avec délicatesse. Elle nous offre des fleurs. Dans ses allées bordées d’arbres, je me suis souvent promenée.

Nu - Claire Lewis - huile sur toile
Nu – Claire Lewis – huile sur toile
Maturité - Claire Lewis - huile sur toile
Maturité – Claire Lewis – huile sur toile
Ballade - Claire Lewis - huile sur toile
Ballade – Claire Lewis – huile sur toile

Pour découvrir les oeuvres de Claire Lewis ou prendre contact avec elle, visitez sa galerie www.artabus.com/lewis.