S’installer à la campagne

Nombreux sont les candidats à l’installation en milieu rural. Pour avoir été des leurs autrefois, je sais à quel point les témoignages de prédécesseurs peuvent s’avérer précieux au moment du grand saut. Après avoir vécu à la campagne huit années durant, je suis, depuis peu, revenue en région parisienne. C’est donc le moment pour moi de livrer un retour d’expérience.

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Lorsque je me suis installée dans l’Oise rurale, à mi-chemin entre Beauvais et Amiens, dans un petit village comptant moins de 40 âmes, je me doutais que l’expérience serait pour le moins étonnante. J’avais jusque-là habité la banlieue parisienne puis Paris intra-muros.
Professionnellement, j’avais un atout : mon métier m’autorisait la pratique du télétravail. Cependant, là où j’avais élu domicile, à 110 km de Paris, se trouvaient un grand nombre de personnes qui faisaient le trajet quotidiennement vers la capitale pour gagner leur vie.

Avantages ? Inconvénients ?

Si vous avez pour projet de vous installer à la campagne, sans doute n’avez-vous guère besoin que l’on vous liste les avantages qui en découleront. Vous les connaissez déjà et ils vous font rêver :

  • de grands espaces à votre disposition
  • le spectacle gratuit de la nature
  • l’air pur et la possibilité de vous procurer une nourriture plus saine
  • un mode de vie calme
  • des relations humaines plus authentiques

Je ne vais donc pas m’étendre sur ces aspects essentiels qu’il n’est guère besoin de commenter. Je vais plutôt aborder quelques aspects problématiques de la vie à la campagne, en espérant vous les montrer sous un jour plus nuancé que les clichés dont ils font l’objet.

Anonymat et cancans

C’est l’inconvénient que redoutent le plus des citadins lorsqu’ils arrivent à la campagne : perdre le relatif anonymat dont ils jouissaient en ville et devenir la source des cancans villageois.
Il est assez inévitable de faire l’objet de conversations lorsque l’on s’installe dans un village rural. Cependant ces conversations peuvent être bienveillantes et traduisent une curiosité bien naturelle . Au final, lorsqu’un évènement marquant se produit dans votre vie, les gens du village sont là pour le partager avec vous, qu’il s’agisse d’un deuil ou d’une fête. Ils font preuve d’une solidarité indéniable : contrairement à leurs contemporains des grandes villes, les habitants d’un petit village ne peuvent pas fermer les yeux sur ce qui arrive à leur voisin. Ils ne se reposent pas sur la foule pour se décharger de leurs responsabilités. Ils assument, avec courage et humanité.

Mon conseil ? Acceptez avec philosophie de donner de quoi converser à quelques personnes désœuvrées. En contrepartie, comptez sur le fait que le jour où vous aurez besoin d’aide, vous trouverez davantage de bras prêts à vous aider qu’il n’y a eu de bouches pour cancaner. Vous verrez également, si vous avez la chance de vous installer dans un village plein de vie, que les fêtes organisées par la mairie et les habitants ne manquent pas de charme. Repas de Noël chaleureux, chasse aux oeufs de Pâques organisée pour les enfants dans les rues du village, barbecue géant du 14 juillet… Les évènements festifs de ce genre soudent les habitants.

Écologie et défense de la cause animale

Oubliez vos références, apprenez à ouvrir grands vos yeux ! Les gens que vous découvrirez sur place ont tant à vous apprendre. Les citadins n’ont guère d’autre choix pour manifester leur attachement à la défense de l’environnement que de faire ce qu’on serait tenté d’appeler du « saupoudrage » : on achète une pâte à tartiner bio garantie sans huile de palme, on trie ses déchets… Les ruraux, sans même y penser, ont chaque jour des gestes écologiques : ils dégustent leurs confitures sur les tartines du petit-déjeuner. Il est possible qu’ils aient utilisé une fois dans l’année du désherbant pour venir à bout d’un méchant chiendent (c’est pas bien !) mais leur confiture, qu’ils ont préparée eux-même avec les fruits du jardin, n’a pas été transportée en avion.

ferme du Val de Noye à Paillart 60120
Photo prise à la Ferme du Val de Noye

Ce n’est qu’un exemple, mais lorsqu’on regarde de près le mode de vie rural, on se rend compte que beaucoup de choses sont organisées de façon à éviter le gâchis et /ou réaliser des économies (ce qui au final revient souvent au même). On construit des bac de compostage avec de vieilles palettes. On a la place d’avoir des ateliers, des garages et de ce fait on répare plus facilement les meubles et les objets. On cultive ses légumes, ses fruits, ses condiments. Quelques poules dans un jardin se nourrissent des épluchures, des restes de repas des humains et offrent leurs oeufs.

Si vous avez un amour immodéré des bêtes, il vous sera peut-être difficile de sympathiser avec vos voisins en constatant qu’ils pratiquent la chasse. Pourtant, à leur façon, ils ne font que consommer de la viande pour se nourrir. Il est vrai que mourir sous le tir du chasseur n’est pas à proprement parler une partie de plaisir pour l’animal concerné ; cependant les conditions actuelles d’élevage puis d’abattage du bétail ne sont guère plus enviables. Par ailleurs, d’un strict point de vue écologique, il est évident qu’une viande issue de la chasse est préférable à une viande d’élevage, l’animal sauvage n’ayant besoin d’aucune production agricole pour se nourrir. Pour être tout à fait honnête, je pense que si je devais chasser moi-même pour manger de la viande, cela ferait de moi immanquablement une végétarienne. Mais dans la mesure où je n’ai pas encore renoncé à manger de la viande, je ne peux guère juger les chasseurs.

Les personnes qui chassent et pêchent sont souvent également les mêmes qui élèvent des volailles, des lapins, dans leur arrière-cour. Ils sont donc habitués à tuer eux-même l’animal qu’ils vont consommer. Sans avoir fait cette expérience moi-même, j’ai en revanche, durant mes années à la campagne, pris l’habitude de vivre à proximité des animaux qui étaient destinés à la consommation humaine (les vaches du pré qui jouxtait ma maison, les volailles en liberté de la ferme où j’allais acheter poulet et dinde). Cela m’a permis de mieux connaît le prix à payer pour déguster un plat de fête. Rien de comparable avec ce que peuvent ressentir les citadins qui, sans avoir aucune idée de la façon dont un animal est abattu, mettent de la viande, conditionnée sous cellophane en version « filet », à tous les repas.

Un bout du monde ?

C’est un écueil habituel que de se trouver démuni(e) face à la pauvreté supposée des équipements disponibles en milieu rural. Cette pauvreté est en réalité imaginaire : simplement il convient de se satisfaire de ce dont on dispose sur place. Ainsi, au lieu de vous lamenter sur l’absence de terrain de golf, vous profiterez des centres équestres ! En milieu rural, on pratique la pêche et la chasse, on se promène en forêt, à pied ou à cheval. Vous constaterez que ceneige2ux qui ont quelques moyens financiers s’offrent un quad pour les balades et un 4×4 pour braver les conditions climatiques extrêmes. Ils ne le font pas pour frimer mais par nécessité.
D’une manière générale, pour les loisirs comme pour les équipements facilitant le quotidien, il est fort utile d’observer les gens du coin et d’analyser leurs choix avant de faire les siens !

Les saisons, la vie saisonnière

En ville, de nombreux dispositifs visent à nous faire oublier l’arrivée de l’hiver. A la campagne, on sent pleinement le passage d’une saison à l’autre, sans artifices pour l’adoucir.
Tandis que les citadins chauffent la petite surface de leur appartement, les ruraux ont un habitat plus grand et pas toujours bien isolé. L’éclairage public dans les villages n’est pas comparable à celui des villes. Pendant que les animations des fêtes de fin d’année battent leur plein en ville, les ruraux en sont réduit à décorer eux-même leur maison et jardin… Enfin, la plupart des loisirs pratiqués à la campagne sont des loisirs de plein air que l’on doit abandonner l’hiver.

D’une manière générale, on observe un repos hivernal chez les ruraux qui n’existe pas chez les citadins. Lorsqu’il devient impossible de jardiner, de se promener à pied, en vélo, à cheval ou en quad, de pêcher ou chasser, de profiter d’un bon barbecue, on a tendance à se terrer chez soi en attendant que ça passe jusqu’à l’arrivée du printemps. Même la convivialité en souffre, puisque les invitations ne se font guère qu’aux beaux jours.

La contrepartie de ce phénomène existe cependant. Je n’ai jamais ressenti si fortement l’attrait que revêt l’arrivée de la belle saison que lorsque j’ai vécu à la cpapillon_margueriteampagne. Le chant du rossignol, l’arrivée des crocus, la floraison des forsythias, le remue-ménage des coccinelles sortant de leur abri hivernal, sont autant de signes qui parlent aux ruraux et les renseignent. A la campagne, on peut vivre réellement l’alternance entre les saisons : le contraste y est plus fort entre les saisons opposées comme l’hiver et l’été, mais surtout le printemps et l’automne y sont de vraies saisons, avec leurs spécificités visuelles (paysage, faune et flore) et gustatives. Finalement, l’impression qui domine est celle de vivre plus intensément du fait de ces contrastes.

Conclusion

J’espère bien ne pas avoir découragé les meilleures volontés et vous avoir au contraire conforté(e) dans votre désir de vous installer à la campagne s’il est sincère et réaliste ! La vie en milieu rural est une expérience que je recommande, tout particulièrement avec des enfants en bas âge. Les jeunes années que vos enfants auront passées au bon air, au milieu des animaux et sans manquer d’espace, voilà une richesse irremplaçable que vous pourrez vous féliciter toute votre vie de leur avoir procurée.papillon

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